Texte écrit pour le blog Fertility Matters le 30 mai 2016 et republié ici.

Ce n’était pas le sujet sur lequel je souhaitais écrire ce mois-ci. Mais parfois, il y a des événements dans la vie qui font que tout change. Ce matin-là, à attendre dans la salle d’attente de la clinique, me faire dire que la Docteure est de garde et me reviendra après avoir pratiquée une césarienne. C’est tellement ironique d’attendre qu’une autre donne naissance alors que tu attends dans une clinique de fertilité, entourée d’autres couples comme toi, mais aussi entourée de bedaines parce que la clinique des grossesses à risque est à côté. Mon matin, c’est ainsi que je l’ai passé. Ça me donnait du temps pour réfléchir stresser sur mon texte à finir pour le lendemain.

Après ça je me rends au bureau et j’ai une discussion avec toi [qui n’a jamais eu d’enfant]. De l’extérieur, je sais que pour certaines personnes, j’ai l’air d’une désespérée qui veut à tout prix avoir un bébé. Hey ben voyons, mais pourquoi j’accepte de passer à travers tous ces traitements qui ne donnent rien ? Qu’au fond, je devrais peut-être laisser faire la nature ou adopter. Que si on s’était lancé en processus d’adoption il y a plusieurs années, aujourd’hui on serait peut-être bien une famille. Ou, peut-être que j’ai un blocage qui fait que mon voeu ne se réalise pas ? Mais quand est-ce dont que je vais tirer la plogue et dire c’est fini, je n’aurai pas d’enfant (réponse : jamais !) ?

Pour bien des gens, ce n’est pas concret du tout cette attente et cette souffrance. Pour eux, soit c’est facile faire des bébés, soit ce n’est juste pas leur problème. Ça fait un peu mal de réaliser que tu fais partie de ces gens maintenant. Toi qui n’a pas eu d’enfant et qui ne comprend pas les larmes qui me montent aux yeux quand je te parle de mon désir profond d’en avoir. Si tu as fait le choix de ne pas devenir maman et que tu es sereine avec ta décision, je ne te jugerai pas pour ça. Chaque femme n’est pas obligée d’être mère. Pourquoi alors juger les émotions que je peux ressentir ?

Avec toute mon vécu de couple-ayant-des-difficultés-à-concevoir, je relativise un peu plus les choses. Ben oui, j’arrive à réfléchir sur mon moi-même des fois… J’ai compris ce qui fait le plus mal. C’est de ne pas savoir ce qui va arriver, quand ça va arriver et SI ça arrivera un jour. Ça fait que quand je suis finalement rentrée chez moi après notre discussion, dès que je me suis installée devant mon ordinateur, ça n’a pas été long que mes doigts se sont faits allés sur mon clavier pour écrire ce texte.

Si tu avais un don de voyance réel et que tu me disais que je vais accoucher de mon premier enfant le 18 juillet 2020… Ben fine ! Je vais attendre jusque là. Donne-moi ma date d’accouchement et je vais arrêter de me plaindre que c’est difficile à vivre et que tu ne me comprends dont pas ! Donne-moi ma date d’accouchement et au moins là je saurai que ça arrivera ! Je n’attendrai plus sans savoir si ça va arriver. Je n’espérerai plus pour rien à chaque mois. Je vais juste attendre le 18 juillet 2020 moins 9 mois de voir un + sur mon test de grossesse…
Sauf que, es-tu capable de me dire comment il sera conçu ce divin enfant ?
Peut-être faut-il que je continue de faire des traitements pour que ça arrive ? Peut-être que des opérations auront été nécessaires ? Peut-être aurons-nous adopté avant ça ? Peut-être que je tomberai enceinte d’un nouveau conjoint ?

Tu as autant de peut-être dans tes solutions que moi je peux en avoir dans mes espoirs.

Souvent, on se dit qu’au fil des traitements, on se rapproche de notre but. Ce n’est évident à voir parmi les échecs et les déceptions. La possibilité de traitement diminue. Les économies fondent. Encore plus depuis la Loi 20 québécoise.
Mais il y a une chose qui, même s’il disparaît de temps à autre, il finit toujours par nous surprendre et revenir : l’espoir.
Et de l’espoir, je semble en avoir plus que toi.

Laisse-moi vivre ma vie jusqu’à ce moment-là. Laisse-moi vivre cette attente. Non, ce ne sera pas toujours facile. Je vais pleurer et tu n’aimerais pas ça.
En effet, il se peut que tu ne comprennes pas tout. Il se peut que je ne t’explique pas tout non plus. Les choses qui sont difficiles à comprendre sont aussi difficiles à expliquer.
Mais moi, j’ai espoir que ça finira par arriver, d’une façon ou d’une autre. Je ne sais juste pas quand.

Et toi non plus.

 

 

Marine

Marine

1 Comment

  1. 05/09/2016 at 16:38 — Reply

    Wow! Sincèrement, ce texte est collé à ce que je ressens maintenant et ce que j’ai vécu aujourd’hui, soit le beau-père qui finit par dire de lâcher prise et de faire le deuil. J’aime ton paragraphe sur l’espoir. Oui, l’espoir nous tient et tant qu’il y en aura, nous le prendrons.
    Merci, merci beaucoup pour ce témoignage. Karine

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