Montée de laitPsychologie

La saison des amours

Je ne sais pas si c’est pareil partout, mais chez moi, le printemps ne fait pas bourgeonner que les plantes. Restées cachées tout l’hiver, à l’abri sous le manteau, les grossesses fleurissent d’un coup sur le bitume. Elles annoncent le pic d’accouchements printanier, les naissances imminentes des mois de mai et juin. (Les câlins pendant les vacances d’été sont paraît-il propices à la conception, et,  pour celles qui parviennent à programmer sans bogue, cela permet d’enchaîner congé maternité et vacances d’été suivantes.) Les gros ventres envahissent les rues, s’affichent sous le soleil et les vêtements légers, portés fièrement, dans l’attente que nous, les vides de sens, soyons compréhensives, indulgentes, bienveillantes, bref que nous leur laissions la place assise dans le métro ou notre tour à la caisse du supermarché.

Oui c’est civique, courtois, gentil, c’est même la moindre des politesses. Mais voilà, faire ça implique que nous leur parlions à ces femmes, que nous croisions leur regard fatigué, leur bedaine à message bébé à bord ou je ne suis pas grosse, je suis enceinte. Alors jouer la chouette fille, c’est franchement pénible quand on barbotte dans le no future depuis des tas de mois empilés les uns sur les autres, des tas de cycles qui ne servent à rien, quand on remplit le tiroir du bureau d’agendas raturés, surlignés, conservés depuis des lustres au cas où on aurait besoin de vérifier une date d’examen, le déroulement d’un protocole, ou simplement envie de ne pas oublier la date d’une échographie, celle où l’on avait aperçu un espoir d’embryon.

Et cette saison maudite revient tous les ans. Et chaque fois, on imagine bêtement qu’au printemps prochain, peut-être. On espère. Surtout au début, car on est en mode combat. On pense toujours que ça ne va pas durer, il faut être optimiste, confiante, positive.

Puis les années se suivent et rien ne change. Enfin si, quelque chose change. La douleur s’épanouit, se dilate, grignote, ronge, attaque. Espérer ne suffit plus. On prie, on se gave de vitamines, on se laisse planter des aiguilles dans les chakras. On boit des breuvages bizarres, on accroche des porte-bonheur, on avale des granules, on porte des grigris. On fait parfois n’importe quoi. Et l’on se demande si toutes ces tentatives désespérées vont un jour porter un fruit. Celui de l’amour (et peut-être de la science).

Laurence Nightingale

Laurence Nightingale

Des années de lutte.

1 Comment

  1. Juliane
    12/05/2015 at 19:56 — Reply

    Merci pour ton texte, je l’ai lu et relu quelque fois et je me sens autant concernée par tes propos. Tu mets des mots sur des sentiments que notre entourage peut difficilement comprendre… ´espérez ne suffit plus”… Voilà ce qui me frappe le plus dans ton texte, les miracles, la pensée positif et les histoires des autres, on en a plus rien à faire!

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