Procréation assistée

À toi qui sais tout

Salut toi,

Tu sais toi, le contribuable qui n’aime pas trop voir son argent dépensé n’importe où. Celui qui est content de voir le gouvernement enfin couper dans les programmes «superflus», les programmes qui coûtent bien trop cher, bref les programmes que tu ne connais pas, dont tu ne t’es pas informé plus que ça du coût, et surtout, les programmes dont tu n’as finalement pas besoin pour toi-même.

Toi qui crois dur comme fer que le gouvernement dit toute la vérité et que c’est la seule solution pour remonter notre économie pour les générations futures. Ton argent devrait être dépensé dans des choses utiles, des programmes utiles pour tout le monde et pas seulement pour une petite portion de population.

Toi qui se sens à l’abri de tout. Pourquoi garder autant de programmes sociaux qui ne te servent pas? Pourquoi imaginer que tu en aurais besoin un jour?

Toi qui connais la médecine sous toutes ses coutures. Tu es capable de faire la différence entre une condition et une maladie en claquant des doigts. Tu mets un ordre d’importance sur ce qui devrait être soigné et ce qui ne le devrait pas avant même d’avoir fini ton café du matin. L’Organisation mondiale de la santé n’est rien à côté de toi!

Toi qui se crois un spécialiste des finances et qui passes son temps à dire qu’au Québec «On est dans le rouge, on manque d’argent, il faut revoir nos priorités et couper ce qui n’est pas utile…» parce que tu sais en détails de quoi ont vraiment l’air les finances du Québec..

Toi qui crois que l’argent, ton argent et celui de tous les contribuables, est bien dépensé par notre gouvernement. La chasse aux paradis fiscaux passe bien après la coupure de programmes sociaux pour renflouer les coffres de l’État.

Toi qui sais que l’argent économisé en coupant certains programmes sociaux qui coûtent trop cher et sont du luxe permettra de donner plus d’argent en santé et où ça sera vraiment utile à la majorité.

Toi qui sais où l’argent des contribuables mais surtout où ton argent devrait aller, sur quel programme il serait vraiment utile. Tu ne veux pas voir ton argent dépensé n’importe comment sur n’importe quoi et tu es le spécialiste de la question. Quand le gouvernement doit faire son budget, tu as ton mot à dire sur la façon dont tes taxes et tes impôts sont dépensés.

Toi qui partages ton «savoir» sous chaque article qui parle d’un sujet que tu maîtrises «parfaitement». Tes connaissances ne sont pas du tout teintées de tous les idées et mythes préconçus qui circulent. Tu n’as même pas besoin de vérifier ce que tu dis, tu le sais que tu as entièrement raison et que ceux que ça fait réagir ne comprennent rien.

Toi qui connais les solutions à tous les problèmes qui existent. Une vraie encyclopédie ambulante. Tu as la réponse à tout. Il suffit de te lire pour savoir quoi faire, aussi simple que ça!

Tu n’es pas certain que je parle de toi? Je te donne un exemple concret avec le programme de procréation assistée puisque c’est un programme duquel j’ai profité et que je connais extrêmement bien. Tu dis à qui veut bien l’entendre que c’était trop cher, que tu ne veux pas payer pour donner des enfants aux autres, que ton argent devrait aller sur autre chose, qu’on ne peut pas se permettre ça, que les gens qui sont infertiles n’ont qu’à payer leurs traitements, qu’ils n’ont qu’à adopter, que c’est ce que tu ferais si tu étais dans cette situation ou sinon tu «dealerais» avec le fait de ne pas avoir d’enfant…

Parler à travers ton chapeau est tellement plus facile que de t’informer comme il faut de cette réalité!

Et bien, sache que je t’envie.

Je t’envie d’être capable de juger de la pertinence d’une programme de façon aussi simpliste.
Je t’envie d’être capable de conclure un sujet et de passer au suivant sans chercher à vérifier tes dires.
Je t’envie de voir la situation aussi clairement.
Je t’envie encore plus de savoir que toi, tu n’est pas touché par ces coupures, par ces programmes abolis.

Tu es tellement chanceux de continuer ta vie comme avant, sans ressentir l’insécurité, la colère et l’injustice que les coupures de ces programmes apportent à tous ceux qui en bénéficiaient ou qui en auront besoin un jour.

C’est tellement facile pour toi, tu connais toutes les solutions, il ne reste plus qu’à choisir dans ce que tu nous dis: adopter, payer pour être soigné, ne pas avoir d’enfant. Et voilà! On se frotte les mains et on passe au prochain sujet!

Tu vois, pour parler de toi et de tes propos, j’utilise souvent les mots facile et simple. J’aimerais tellement que tu détiennes la vérité!

Tu sais, aujourd’hui la chance te sourit, d’une certaine façon tout du moins.
Avant de te mettre à dire tout haut que ce n’est pas vrai, avant de me répondre en commentaire que je n’ai vraiment pas rapport, s’il te plaît, continue de lire.

Tu n’es pas touché par l’austérité, ou en tout cas pas de plein fouet comme les personnes et les couples qui souffrent d’infertilité ou qui dépendent d’un programme social qui est aboli. J’espère sincèrement que jamais tu ne seras touché. Même si une petite partie de moi se dit que si ça t’arrivais, tu comprendrais peut-être, je crois que personne ne mérite de vivre cela, même pas toi.

Sans rancune et au plaisir de partager avec toi pour te faire connaître ma réalité, la réalité des personnes et des couples infertiles.

Marie-Ève

Marie-Ève Chapman

Marie-Ève Chapman

Un topo rapide des moments marquants de ma vie.
2008: Je rencontre l'homme qui deviendra mon meilleur ami, mon amoureux, mon amant et, finalement, mon mari.
2010: Nous sommes officiellement mari et femme! Nous voulons maintenant une famille...
2011: Le diagnostique tombe, infertilité. Petit mot pour une si grande aventure.
2012: Début des traitements.
2013: Transfert du troisième embryon congelé, et c'est enfin le bon!
2014: Arrivée du plus beau bébé du monde. Une survivante après un an au congélo!

Aujourd'hui, je me donne comme mission d'informer, de sensibiliser le plus de gens possible à la réalité de l'infertilité. Je veux faire tomber les tabous et que plus personne ne se lance comme nous en infertilité sans savoir dans quoi il s'embarque, vers quoi il s'en va.

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