Procréation assistéePsychologie

Ne pas (trop) y penser

Ce texte, ça fait un petit bout que je travaille dessus. Parce que je ne peux juste pas l’écrire one shot. Ça brasse beaucoup trop d’émotions en peu de temps. C’est pas bon pour moi.
Je reviens sur l’écriture de ce texte lorsque je me sens un peu plus fragile. L’écriture me vient alors toute seule pendant quelques minutes. Puis, je me dis que là je devrais arrêter avant de capoter. Parce que je finis par avoir le vertige. Un vertige de ma vie. Du moins des 10 dernières années…

Parfois, on me demande…
Comment tu fais ?

Avec 10 années d’essais, on n’entend plus vraiment les « Arrête d’y penser ! ». Faut croire que le monde comprenne qu’il y a un réel problème ?!
C’est rendu qu’on me demande comment je fais pour ne pas trop y penser, parce que ça doit dont être difficile de ne pas craquer…

En effet, il ne faut vraiment pas que j’y pense trop et trop longtemps. Si je m’arrête et que je regarde toutes ces années et tout ce par quoi nous sommes passés pendant celles-ci, ce n’est pas long que les larmes me viennent aux yeux. Je pourrais alors me mettre à broyer du noir solide si je me laissais aller. Et comme on feele pas bien lorsqu’on est dans cet état-là, il faut tenter de ne pas s’y rendre…

On m’a récemment dit que j’avais l’air « plus sereine » par rapport à ça, à l’infertilité. Je ne savais pas quoi répondre. OK. Peut-être que je ne m’effondre plus comme avant. J’évite les situations qui pourraient faire que je m’effondre devant vous. L’histoire devenait juste différente lorsque je me retrouve seule l’autre côté de la porte ou bien je m’invente une envie de pipi pressante pour évacuer et retrouver mes esprits. Et je ressors de là seulement lorsque c’est contrôlé.
C’est ça que je fais. Mais vous ne le voyez pas toujours. C’est pas de votre faute.
Je me cache.

Un moment donné, j’ai compris que le monde aime pas nécessairement me voir dans toute ma faiblesse. J’ai aussi pas trop envie que vous mémériez entre vous je suis jalouse ou trop fragile. J’aimerais encore mieux qu’on admire ma force. Cependant, je m’accorde de temps en temps le droit de craquer. Avoir une collègue nouvellement enceinte après quelques mois d’essais qu’elle a dont trouvé difficiles (tsé, même combat que moi là !), ce n’est pas évident tous les jours. Je dois m’éloigner de certaines conversations. Parfois, je le fais sans problème, d’autres fois, ça vient me chercher. Il y a eu ce midi où je me suis retrouvée avec le shake après une situation. J’étais déconcentrée, déstabilisée. Alors, je me suis trouvée une autre collègue et je lui ai dit : « Donne-moi 30 secondes de pétage de coche et dis rien ». Je lui ai déballée mon sac et ça a fait du bien. En bonus, elle a été gentille avec moi. Je lui ai dit : « Merci de ne pas me dire comment je devrais me sentir, c’est pas le moment là. ». Elle a dit « Ben non je peux comprendre comment tu te sens ».

Juste ça. Ça peut être juste de ça dont j’ai besoin lorsque je me sens chamboulée. Une oreille attentive, un câlin ou une tape sur l’épaule.
Parce que des fois quand je me laisse aller, on me dit de consulter une psychologue.
J’en ai consulté une suite à ma fausse-couche. Je lui ai tout raconté, mes émotions, mes sentiments, ma colère.
Tout était normal. J’ai la droit de les vivre. Et elle trouve que j’ai les outils nécessaires pour m’en remettre après.
Bref, je suis pas « si pire » que ça !

Et quand je dis que je me cache, ce n’est pas pour que vous n’ayez pas à vivre mes émotions.
Je me protège en même temps. Je ne tiens pas à rester trop longtemps dans mes émotions.
Si on se met à en discuter, ça ne fait que rallonger le moment où je suis dans cette peine.
Je me protège de vos mots aussi parfois…
Et aussi de ce que je peux moi-même dire sur le coup de la colère.

Ne pas (trop) y penser pour ne pas se rendre jusqu’à la dépression.
Mais se permettre des moments pendant lesquels on y pense.
Et craquer.
Pleurer un bon coup. Rager, sacrer, se défouler.
Se trouver des moyens pour revenir au calme.
Danser, écrire, courir, se divertir.
Trouver un équilibre entre la détresse et la résilience, entre l’abandon et l’espoir.

 

 

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Marine

Marine

9 Comments

  1. Marjorie
    19/04/2016 at 16:26 — Reply

    Ton texte m’a touché droit au cœur! J’ai versé une larme,,,,, en fait plusieurs car j’ai l’impression que tu as lu dans ma tête. Moi et mon conjoint avons reçu un diagnostique d’infertilité inexpliquée, notre combat dure depuis 2 ans, rien à comparé 10 ans, mais je comprend vraiment les sentiments que tu décris dans ton texte et même ça me fait du bien de voir que je ne suis pas la seule à me sentir ainsi. Les commentaires de l’entourage même s’ils ne sont pas intentionnellement méchants font des ravages que je vis généralement en dedans pour ne pas passer pour la fatigante…..
    Merci pour ta générosité.

  2. Cynthia
    16/05/2016 at 12:10 — Reply

    J’ai également été touchée par ton texte. Énormément. Je me suis reconnue au travers de ton combat, au travers de tes mots. Mon combat à moi dure depuis 8 ans, 3 inséminations artificielles, 2 FIV ICSI. Et je rajoute… un total de 7 fausses couches. Recevoir un diagnostique d’infertilité inexpliquée c’est un choc, mais de voir les gens autour de soi tomber enceinte en claquant des doigts, ça rajoute une couche à la douleur qu’on traîne déjà. Merci de mettre des mots sur mes maux. Merci de me dire que je ne suis pas seule…

  3. Justine
    31/05/2016 at 10:16 — Reply

    Marine,
    Si tu savais à quel point je peux comprendre (en partie) ta souffrance. Il faut le vivre pour comprendre ce que c’est. Je dis, en partie, car ça fait 10 ans pour toi. Moi “seulement” 2.5 ans mais j’ai 33 ans (longue étude, si j’avais su!). C’est un parcours très difficile l’infertilité et la PMA. Au début, je pleurais souvent. En vacances, je voyais toutes ces familles avec des petits enfants. Je pleurais en plein milieu du repas au resto. Je pleurais devant la TV. J’étais très fragile. Puis avec le temps, on devient plus fort, on est un peu plus résistant. On arrive à assister à une discussion entre collègues sans se mettre à chialer. Mais j’ai encore ce sentiment de rester au bord de la route. J’ai mis 4 mois avant d’accepter de revoir une amie proche à 3 semaines de son accouchement. Evidemment, je ne vais plus jamais à la maternité. Moi j’en suis à 3 inséminations, 1 FIV ICSI et 3 transferts (je suis dans la période la plus difficile, après le transfert). J’ai déjà pété de gros plombs, surtout après mon premier transfert (violence+++). Il n’y a jamais eu de problèmes d’infertilité dans nos familles. C’est un énorme travail sur nous-même pour apprendre la patience, la confiance, le lâcher prise, l’espoir et garder la joie de vivre. J’ai trouvé mon plus gros soutien dans la méditation du Dr Joe Dispenza. J’essais de trouver des pistes pour le vivre avec le moins de souffrance possible et surtout pour garder l’espoir. Je t’envoie tout mon soutien Marine

    • 31/05/2016 at 10:25 — Reply

      Bonjour Justine, il y a des jours pire que d’autres. J’ai juste l’impression de devoir constamment justifier mes émotions…
      Merci de ton soutien et courage à toi aussi !

  4. Justine
    03/06/2016 at 09:12 — Reply

    Marine,
    Tu en es où? Tu vas tenter une 5ème FIV ?

    • 03/06/2016 at 14:18 — Reply

      Non. Sachant que le problème se situe au niveau des spermatozoïdes de mon conjoint… ça fait longtemps qu’on nous parle de donneur de sperme. Mais les médecins ont voulu tout tenter avant. L’idée a fait son chemin et nous allons tenter quelques inséminations de cette façon au cours des prochains mois.

  5. Justine
    09/06/2016 at 10:22 — Reply

    C’est sûr que ce n’est pas facile à accepter et qu’il faut se laisser le temps d’intégrer tout cela. Ca demande tout un cheminement dans sa tête. Mais l’envie d’avoir un enfant est plus forte. Et puis, au fond, le père c’est celui qui élève l’enfant. Moi, c’est mon beau-père qui m’a élevée et c’est lui mon père. Les liens de l’amour sont les plus forts. Tu as tellement attendu cet enfant que quand il arrivera Marine, toute cette souffrance s’effacera. Tiens bon; ca en vaut la peine. Tu auras ta famille

  6. Virginie
    28/06/2016 at 12:05 — Reply

    Marine,

    Votre texte m’a renversé moi aussi. Moi, ça fait maintenant près de 4 années d’essais infructueux. J’ai tenté d’en parler à des proches, mais j’ai été terriblement déçue de leur réaction. Ensuite, je me suis dis que je devais garder ma dignité. Pour moi, ça signifie de ne pas montrer mes émotions (ça demande un effort surhumain pour moi surtout en présence d’hormones). C’est exactement ce que vous avez mentionné concernant la peur qu’on dise que je suis jalouse et/ou faible. Je suis complètement traumatisée maintenant quand j’entends «On a quelque chose à vous annoncer». Je tremble de partout et je ressens des douleurs physiques.

    Je me sens frustrée et incomprise. J’ai souvent envie de m’isoler, de ne plus voir personne. Bref, c’est tout à fait ça, je dois éviter de trop y penser.

  7. 28/01/2017 at 16:55 — Reply

    Wow… Ton texte me laisse sans voix, je me sens tellement pareille, et pour nous ce n’est qu’un début. Mais, je constate que 10 ans ou 2 ans, les émotions restent vives et douloureuses. L’impression que personne ne peut réellement comprendre, l’envie dévorante des personnes autour de soi qui tombent enceinte après 2-3 mois. L’évitement de certaines amies… L’écriture est salvatrice. Je n’en suis qu’au début du combat et je vous admire.

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