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Je suis #1couplesur6 | version homme

Note : Nous avons reçu ce texte dans notre boîte courriel. 
Un pendant masculin au populaire « Je suis #1couplesur6 ».
Merci à toi qui nous a fait parvenir ce merveilleux texte.
En passant, la photo a été prise du Pixabay.
Il ne s'agit pas d'une photo de l'auteur.

Je suis le thérapeute de votre enfant. Celui avec qui il vient travailler toutes les semaines. Celui à qui il fait des dessins avec plein de cœurs. Celui qui a le tour avec votre enfant… Celui à qui vous finissez toujours par demander « Est-ce que tu as des enfants? » Celui qui après quelques secondes avec un peu de tristesse dans la voix vous répond : « non », avant de rapidement changer de sujet.

 

Je suis le cousin, le neveu, le beau-frère qui hait les partys de famille du temps des fêtes. Celui qui hait ces rencontres où les matantes catinent avec les nouveaux bébés. Celui qui appréhende le moment où on va lui demander, de manière bien intentionnée,  « Pis, vous autres, c’est pour quand les enfants? » Celui qui, à ce moment précis, a juste envie de crier des bêtises, mais qui répond calmement : « On travaille sur le projet ». Celui qui sait qu’il va en avoir pour 30 minutes à écouter plein de trucs infaillibles (lire plutôt totalement débiles) pour tomber enceinte ou des messages profonds (lire ici aussi totalement débiles) de réconfort.

 

Je suis le collègue de travail dans un milieu fille. Celui qui vous a vues enceintes l’une après l’autre depuis 10 ans. Celui qui a longtemps joué le rôle du gars qui voulait pas d’enfant, mais dont tout le monde savait qu’il en voulait. Celui qui, il y a plus de trois ans, a fini par dire que sa blonde avait arrêté la pilule. Celui à qui on demandait :« pis, est-ce que ta blonde est enceinte ? » et qui répondait « pas encore » avec un sourire au début, puis avec une certaine déception dans la voix après quelques mois. Celui à qui on a fini par arrêter de poser la question depuis longtemps déjà…

 

Je suis le gars qui partage ton bureau. Celui à qui tu as annoncé avec un sourire ta première grossesse. Celui qui savait que tu étais enceinte avant que tu l’annonces (fatiguée, irritable, émotive…), celui qui t’a vue rayonnante au deuxième trimestre, celui avec qui a subi le dernier trimestre (mal au dos et aux jambes, pas de position à l’ordi). Je suis celui avec qui tu as parlé de tes craintes, de tes appréhensions et de tes questions existentielles (allaitement ou pas, couche lavable ou jetable, est-ce que je peux manger des sushis?). Celui à qui tu hésitais à annoncer ta deuxième grossesse et qui a fini par l’apprendre officiellement par les autres (même si ça faisait deux semaines que je m’en doutais). Celui qui t’a serré dans ses bras pour te féliciter en disant qu’il est heureux pour toi (et qui le pensait sincèrement), mais qui a aussi eu une sensation désagréable de colère et de jalousie au fond de lui-même. Celui dont parfois le regard s’assombrit quelques secondes lorsque tu lui partages les joies de ta grossesse…

 

Je suis le couple d’amis sans enfant. Pas celui chez qui vous n’allez plus depuis que vous avez des enfants, l’autre. Celui qui a une maison presque child proof. Celui qui a un parc, un siège d’appoint, des jouets pour tous les âges, des couvre-tout, de la vaisselle pour bébé (avec six couleurs différentes de verres à bec), du Tempra au raisin et des bandages La reine de Neige. Celui chez qui tu as uniquement à penser à apporter le sac à couche. Je suis le couple d’amis qui a une excellente tolérance aux pleurs et qui ne panique pas si tes enfants font un dégât à table. Je suis le couple d’amis que tes enfants adorent et qui adore tes enfants. Celui qui va d’abord aller jouer avec eux avant d’aller parler avec les grandes personnes. Je suis le couple sans enfant qui vous accompagne au Zoo, au Village magique des lutins ou au parc aquatique (pas le temps d’admirer les bikinis, je suis trop occupé dans jouer dans barboteuse…). Je suis le couple d’amis qui garde tes enfants, celui qui a des dessins de tes enfants sur les murs. Je suis ce couple d’amis qu’on oublie parfois qu’il n’a pas d’enfant…

 

Je suis CE couple qui veut des enfants. Celui que tu accompagnes depuis le début de ses démarches. Celui que tu réconfortes, que tu écoutes. Celui que tu as vu pleurer après son rendez-vous à la clinique de procréation. Celui pour qui tu es Là, sans jugement, sans pitié, sans grand discours, juste là. Celui pour qui tu fais preuve de compassion et de discrétion. Ce couple qui a besoin de toi dans les moments difficiles et qui te dis merci d’être présent…

 

Je suis le conjoint. Celui qui est invisible dans la pièce, celui à qui les médecins ne s’adressent pas, ne s’intéresse pas. Celui qui accompagne sa blonde au rendez-vous « votre spermogramme est beau, Monsieur, maintenant on a plus besoin de vous ». Celui qui a l’impression de ne pas avoir le droit de pleurer ou d’être dépassé. Je suis JUSTE le conjoint…

 

Je suis ton amoureux, celui avec qui tu veux fonder une famille. Celui qui te sent parfois si loin, inaccessible. Je suis celui à qui tu ne parles pas, celui qui doit demander à tes amies comment tu te sens. Je suis le témoin impuissant, à chaque mois depuis trois ans, de ta déception. Je suis celui qui te voit triste et pleurer en silence, mais à qui tu refuses de t’ouvrir. Je suis celui qui souffre de te savoir malheureuse. Celui sur qui il t’arrive d’évacuer ta colère face à ce que la vie nous refuse. Celui qui veut être présent pour toi, mais que tu gardes à distance pour ne pas souffrir davantage. Je suis celui qui t’aime, peu importe ce qu’il arrivera…

 

Je suis MOI. Celui qui continu d’espérer, mais que ne peut pas s’empêcher de douter. Celui qui partage ta tristesse, mais aussi tes joies. Celui qui ne peut pas comprendre ce que tu vis. Celui qui ne sait pas ce que ça fait de perdre son bébé, celui qui ne ressent pas le déclenchement de tes règles. Je ne suis pas insensible, mais je ne vis pas les choses comme toi. Lors de ta fausse-couche, tu étais déjà une mère, mais moi je n’étais pas encore un père. Je suis celui qui aimerait trouver les mots pour te réconforter, mais qui n’y parvient pas. Je suis celui qui veut une famille, mais pas si c’est sans toi…

 

Je suis un couple sur six

 

Au moment de publier ce texte, l’événement tant attendu s’est produit. Mais l’histoire ne se termine pas nécessairement. On reste toujours un couple sur six…

Émotions invitro

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