Montée de laitProcréation assistée

Je ne comprends pas

Je relisais l’article du magazine Châtelaine sur Julie Le Breton. Il a été republié sur la page Facebook d’Émotions invitro ces derniers-jours aussi. Je lisais l’article et je me disais…

Julie Le Breton est une actrice très en vue et respectée. Elle est très très appréciée. Je ne pense pas que je me trompe là-dessus.

Son couple est infertile. Je ne connais pas la cause de leur infertilité et cela les regarde. Mais c’est une situation qui les touche tous les deux, comme bon nombre de couples infertiles. #1couplesur6

Dans l’article (qui ne parle pas que d’infertilité), Julie dit ces mots :

« En fait, la maternité a toujours été une chose à laquelle je tiens, et je trouve très difficile d’être une femme de mon âge sans enfants dans la société actuelle, parce que tout est très “bébécentrique”. Quand t’as pas d’enfants, c’est comme si ta vie était déséquilibrée, et c’est hallucinant la quantité de commentaires désobligeants que j’entends. C’est comme si, parce que t’as pas d’enfants, t’avais une tare. Et c’est encore plus difficile quand tu fais tout pour en avoir et que ça ne fonctionne pas… Je me suis toujours dit qu’un jour j’allais parler de mon histoire si le bébé arrivait, mais le bébé n’arrive pas. Je n’ai pas encore fait de croix là-dessus. Il nous reste encore quelques options. On en a épuisé quelques-unes. » Pause. Elle se racle encore la gorge. « Là, je suis très sereine ; il y a un an, on en aurait parlé, j’aurais été en larmes, en boule dans un coin. »

 

J’ai pas envie que ce le titre soit : “Julie Le Breton, mon deuil d’être maman”. J’y ai réfléchi, j’avais envie d’en parler, parce que c’est toi, et c’est Châtelaine, et que c’est pertinent. J’ai joué beaucoup de mères dernièrement. Dans Starbuck, j’étais enceinte, et dans Les beaux malaises, j’ai deux enfants. On me demande souvent – et c’est pour moi très insultant – comment je fais pour jouer une mère sans être mère. Comme si la maternité était un truc intouchable auquel tu ne peux pas avoir accès si tu n’as pas vécu la grossesse ou l’adoption et donc que tu n’es pas une femme entière. Ça me fâche parce que un, je suis une actrice, deux, une femme, et trois, une personne aimante. Je connais l’amour, peut-être pas l’amour maternel, mais je suis capable d’aimer… »

On le ressent. On le comprend. Facilement, une femme infertile lisant ces paroles de Julie aurait les larmes aux yeux. Parce que cela pourrait être ses mots. Être en boule dans un coin en larmes, on l’a vécu.

Mais.
Tout le monde a déjà été en boule dans un coin parce qu’il a mal. Non ?

Pourquoi être en boule dans un coin parce que nous sommes infertiles est… égoïste ? égocentrique ? bébé-gâté-qui-n’a-pas-ce-qu’elle-veut ? malsain ?

À lire certains commentaires, cela ne devrait rien nous faire de ne pas être en mesure d’avoir des enfants naturellement.

La nature est ainsi faite, accepte ton sort.

Si je vous retrouve en boule à pleurer pour une raison ou pour une autre, c’est ce que je dois vous dire ?

Je ne comprends pas les gens qui ne comprennent pas.

Quand on est infertile, on n’est pas à l’article de la mort, bien sûr. Mais, il y a une souffrance réelle. Elle est majoritairement psychologique bien entendu.

Pourquoi ne pas “accepter” l’infertilité dans les raisons pour lesquelles une personne peut être en détresse ?

Mon conjoint a voulu en discuter seul à seul avec son frère. C’était pas longtemps après la fausse-couche. Celui-ci lui a répondu :

On a tous nos problèmes tu sais

Et ils ont changé de sujet. Son frère lui parlait de ses problèmes d’école et de sa grosse facture de dentiste.
Se faire répondre « on a tous nos problèmes », ça veut dire quoi ? Que ça ne t’intéresse pas ? Que ça ne te concerne pas ? Au fond, mon chum, il en a quoi à faire de tes dents ?

Tout le monde a besoin de parler de ses problèmes et d’être écouté. De ressentir une certaine empathie pour la situation.

Je ne comprends pas les gens qui ne comprennent pas et qui ne font pas l’effort d’essayer.

Bin oui. On a tous nos problèmes. Puis, à part l’infertilité, on en a d’autres problèmes !

Le résultat de tout ça ? On en parle tout simplement plus. On s’isole. Autant on a été transparent, autant là, oubliez ça. Parce qu’ils me voient pleurer à une fête, ils s’imaginent que je suis tout le temps ainsi. Mon dieu, je dois dont être invivable !

Que ça m’affecte trop. Oh, ils ne nous le disent pas ainsi. Mais, entre eux, oui !

Vous avez des enfants ? Ils ont quel âge ? Regardez-les et dites-vous que j’essaie d’en avoir depuis 9 ans. Que si vous souffriez d’infertilité comme mon couple, votre enfant de 8 ans ne serait pas là. Et les autres que vous avez eu ensuite non plus. Vous avez trouvé que ces 8 années ont passé vite ? Ah ! moi aussi, elles ont passé rapidement, à travers tous les rendez-vous, les attentes entre les rendez-vous, les traitements en fertilité, les échecs, les espoirs, le positif et la fausse-couche. J’en ai le tournis lorsque je regarde en arrière, lorsque je réalise de nouveau que toutes ces années ont passé.

Mais je pense que vous et moi, nous avons pas eu les mêmes dernières 8 années, non ?

Avec quels mots, comment dois-je vous illustrer mon infertilité pour que vous la compreniez ?

Je ne comprends pas les gens qui s’emportent lorsqu’il est question d’infertilité. Mais qu’est-ce qui vous touche autant pour susciter autant de haine ?

Julie Le Breton en a parlé ouvertement dans cette entrevue du magazine Châtelaine. Est-ce que le fait qu’une personnalité très connue et aimée s’ouvre ainsi peut aider à sensibiliser ceux qui ne comprennent pas ?

Hey ! On lui demande (à Julie Le Breton) : « Comment elle fait pour jouer une mère sans être mère » !
Comment un acteur fait-il pour jouer un policier s’il n’est pas policier ?

Comment Marina Orsini et Marc Messier ont-ils fait pour jouer un couple infertile s’ils ne sont pas infertiles ?

 

Post-scriptum
Il me revient en tête « Les beaux Noël », l’épisode spécial de « Les beaux malaises ». Le personnage de Geneviève Brouillette qui veut désespérément un enfant, qui « pète sa coche » lors du souper de famille. Elle dit qu’elle souhaite d’avoir des enfants. Sa mère lui dit : « bin oui, desfois on souhaite des choses pis la vie en décide autrement et elle nous amène autre chose ».  Julie essaie de ramener le calme et Geneviève lui dit : « Qu’est-ce que t’en sais toi criss. Facile pour toi, t’as toute ! Deux beaux enfants, ta vedette, ta vie de riche ».
Après le souper, Geneviève demande à Martin s’il veut donner son sperme pour qu’elle tombe enceinte. Désaccords. Julie demande à sa soeur pourquoi ça lui dérange tellement qu’elle soit heureuse.

Plein de situations, de phrases vécus. On riait un peu jaune.
J’avais en tête que Geneviève, tout comme Julie, est infertile.
Je n’ai pas eu d’échos de comment ce sujet a été perçu. Est-ce parce qu’il s’agissait d’une émission humoristique, alors on en fait pas de cas ? Parce qu’à la fin c’est loufoque, elle couche avec le frère traumatisé crânien en espérant tomber enceinte de lui. Hey, elle est désespérée vraie…

 

Marine

Marine

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