Homme me réveille vendredi matin le 6 juin 2014. Il a lu un article qui l’a mis en colère. Je suis semi-endormie lorsqu’il me tend sa tablette pour que j’en fasse la lecture.

Procréation assistée: le programme québécois en péril

L’article « exclusif » a été publié ce matin-là à 4h30. Pourquoi si tôt ? Pour être premier sur la nouvelle ? Rumeurs ?

*** Attention ***
Cet article de mon blogue comprend mon opinion personnelle et n’engage que moi. Je suis consciente que je risque de fâcher certaines personnes, mais je tiens à la survie du programme de procréation assistée pour tous les couples infertiles et je trouve que certains points devraient être ajustés, voire même abolis.

Durant les dernières semaines, on nous parlait plutôt d’un resserrement des balises, option dont je ne suis pas totalement contre. Je suis consciente qu’il y a eu des abus. Les abus ont eu lieus parce qu’au départ, le gouvernement a mis les critères trop larges, trop vagues.

D’une part, l’infertilité ne peut être ni attestée ni contestée, puisqu’elle est très souvent inexplicable, disait alors le docteur Yves Robert, secrétaire du Collège. Il est donc difficile, voire impossible, de restreindre les remboursements du programme aux seuls couples infertiles.

Selon moi, le 1 an d’essais sans résultat avant de se rendre en clinique de fertilité, c’est trop tôt. Il pourrait être tout à fait possible que des couples s’enregistrent après 1 an d’essais infructueux, oui. Ensuite, ils pourrait être suivis pendant encore 1 an ou plus avant de les considérer comme étant un couple infertile et de commencer des traitements. Je pourrais me faire lancer des roches en soumettant cette proposition car je sais combien c’est difficile et douloureux cette attente, mais j’ai vraiment constaté beaucoup de couples en FIV sous les 2 ans d’essais. Je trouve ça beaucoup trop tôt… À moins d’un problème évident d’infertilité (exemples : trompes bouchées qui ne sont pas « traitables », absence de trompes, spermogrammes catastrophiques, etc).
Expliquer une infertilité, ce n’est pas uniquement trouver « le » bobo.

D’autre part, l’exclusion des couples en fonction de leur orientation sexuelle ou de leur âge risque d’entraîner des poursuites pour discrimination en vertu de la Charte des droits et libertés. En somme, ces restrictions rendent problématique l’ébauche d’une version allégée du programme.

Donc. Tous les couples devraient payer parce que sinon ce serait de la discrimination envers les homosexuels. Ça devient presque de la discrimination envers les couples hétéros, tant qu’à faire ! Encore ici, j’attends des roches… Je me dis que vu que je possède un site web sur la sensibilisation à l’infertilité, je devrais être ouverte d’esprit… Mais, je ne crois pas que les célibataires et couples homosexuels devraient avoir droit aux traitements gratuitement. Il ne s’agit pas d’infertilité. Le débat pourrait être long sur le sujet… Attention, je ne dis pas qu’ils ne devraient pas avoir d’enfants, ce n’est pas du tout la même chose.

Je suis aussi contre le fait de rembourser ceux qui avaient eu une ligature des trompes et une vasectomie…

Le programme de procréation assistée a été mis en place en 2010 à la suite d’une croisade de l’animatrice Julie Snyder, qui trouvait injuste que les traitements ne soient accessibles qu’aux plus fortunés. Une fécondation in vitro coûte au moins 9000 $.

Beaucoup, beaucoup de « critiqueux » mettent sur le dos de Julie Snyder le scandale de la gratuité de la procréation assistée. Oui, elle a parlé au nom de TOUS les couples infertiles pour qu’ils obtiennent ce qu’ils ont présentement. Plusieurs la critiquent aussi parce que c’était un gouvernement libéral qui a mis en place le programme, mais que maintenant son mari est du côté du Parti Québec. Écoutez… Peu importe le gouvernement en place, elle se serait battue pour nous. Ce n’est pas qu’une question de croyances politiques…

En vertu du programme, la gratuité est assurée pour toutes les activités médicales liées à l’insémination artificielle ainsi qu’à trois cycles de fécondation in vitro. Cette gratuité s’applique peu importe l’âge des patients, qu’ils aient ou non déjà des enfants et, depuis ce printemps, qu’il s’agisse d’une mère porteuse ou pas.

Eh oui, il ne s’agit pas que de fécondation invitro (FIV). Avant la FIV, la très grande majorité des couples passent par plusieurs inséminations artificielles. Parfois, on dirait que c’est oublié. Une insémination est beaucoup moins coûteuse.
Les remboursements pour les mères porteuses pour les couples gais n’auraient jamais dû exister… Je ne comprends pas ! J’ai lu des histoires de couples HÉTÉROSEXUELS qui auraient besoin d’une mère porteuse pour porter LEUR embryon et qui n’y ont même pas droit !

 

Revue de presse sur la remise en question
Procréation assistée : le programme québécois en péril | La Presse | 6 juin 2014
Le programme de procréation assistée doit être resserré, dit le Commissaire à la Santé | Radio-Canada | 6 juin 2014
Procréation assistée : il faut limiter l’accès au programme | The Huffington Post Québec | 6 juin 2014
Retranscription de la conférence de presse de Gaétan Barrette | 6 juin 2014
Québec doit limitée la procréation assistée | Le Journal de Québec | 6 juin 2014
Procréation assistée, le « statut quo » n’est pas acceptable, dit un rapport | La Presse | 6 juin 2014
Procréation assistée, un accès limité proposé | Le Soleil | 6 juin 2014
Gaétan Barrette refuse de s’engager à maintenir le programme de procréation assistée | The Huffington Post Québec | 6 juin 2014
Gaétan Barrette remet en question le programme de procréation assistée | Le Devoir | 7 juin 2014
Le programme de procréation assistée doit être amélioré | La Nouvelle | 7 juin 2014
Dérapage assistée | La Presse | 7 juin 2014
Fertilité, argent et éthique | La Presse | 9 juin 2014
Entrevue avec Gaétan Barrette à l’émission de radio « C’est pas trop tôt » | 9 juin 2014
Au-delà du sentimentalisme | La Presse | 11 juin 2014

Le dernier article « Au-delà du sentimentalisme » a fait bondir plusieurs personnes, dont moi.

« Une aberration. » C’est le mot qu’emploie Céline Lafontaine pour désigner le Programme québécois de procréation assistée. Un programme qui a été adopté sans véritable réflexion sur les enjeux éthiques qu’il soulève. Un programme qui supporte les dégâts d’une industrie qui fait de l’expérimentation sur le corps des femmes, déplore-t-elle.

« Là, il y a Joël Legendre pour les mères porteuses. Mais à l’origine, il y a Céline Dion et Julie Snyder qui ont milité pour la procréation in vitro. On voit la procréation in vitro comme une sorte d’eldorado alors que derrière, bien avant les mères porteuses, les questions sont déjà là, dans l’idée même de la procréation assistée. »

Dans Le corps-marché, Céline Lafontaine explique que même si la fécondation in vitro (FIV) est largement répandue, les véritables implications médicales de cette méthode demeurent le plus souvent inconnues du grand public. Les traitements de FIV ne sont pas sans risques pour la santé. Ils sont souvent très pénibles, même si cette réalité est le plus souvent occultée. On accepte pour le corps des femmes des risques que l’on n’accepterait jamais s’il s’agissait de corps d’hommes. Et trois fois sur quatre, ça ne fonctionne pas, une autre donnée dont les cliniques de fertilité ne se vantent pas.

Malgré tout, il y a une pression sur les femmes pour continuer, dans un contexte où la FIV est devenue une norme. On glorifie la souffrance.

« On valorise le courage de ces femmes qui subissent des traitements difficiles pour avoir un enfant. On se croirait dans les années 30 ! »

On se croirait dans les années 30 ? On dirait que c’est elle qui est restée dans ces années ! Une PRESSION sur les femmes pour continuer ? Quelle pression ? Venant de qui ? Sûrement pas de la religion comme dans les années 30 ! Décider ou non de continuer à suivre les traitements de fertilité est un choix personnel. Des couples décident de ne pas continuer parce que c’est trop pour eux ou parce que ça n’entre pas dans leurs valeurs.
On glorifie la souffrance ? Vraiment ? On m’a rarement dit que j’étais courageuse de faire tous ces traitements. On nous a bien plus souvent dit que nous devrions arrêter…

Pour Céline Lafontaine, il est insensé que l’État subventionne ces dérives. « On a une industrie qui exploite le corps humain, qui exploite surtout la souffrance de ne pas avoir d’enfants et qui, finalement, réussit à se faire financer par l’État ! C’est tellement inouï comme logique capitaliste que c’est incroyable ! »

 

fond

Quelques points sur le rapport du Commissaire à la santé
Si vous êtes intéressés à lire le rapport du Commissaire de la Santé, il est possible de le télécharger en deux versions (longue et très très longue !) sur ce lien.
Le rapport est long et détaillé. Je ne l’ai pas lu de long en large. Je l’ai survolé et lu les points principaux.

Je souligne la très grande participation des quelque 500 citoyens qui nous ont partagé leur expérience grâce à leur témoignage. Sans cela, cet avis n’aurait pas pu transmettre cette sensibilité par rapport à la réalité vécue, derrière les données et les aspects techniques ou financiers. Je remercie tous ceux et celles, individus comme organismes, qui ont pris le temps de transmettre un mémoire, de même que tous les intervenantes et intervenants que nous avons rencontrés dans les différentes cliniques.

Le rapport du Commissaire est basé sur les témoignages reçus lors de l’appel aux citoyens, infertiles ou non, ainsi que sur les mémoires soumis. Il s’est également déplacé dans les cliniques.
Son rapport est complet.

Alors qu’il est clair qu’il est possible de retourner en arrière et de ne plus permettre un accès gratuit à des services auparavant couverts – le cas de l’Ontario le prouve –, cette décision doit reposer sur un argumentaire solide qui justifie une action si drastique. Pourtant, dans le cas présent, tous les arguments présentés au Commissaire pour remettre en question la pertinence de poursuivre le programme de procréation assistée ont leur contre-argument, selon la perspective adoptée. Le Commissaire s’est en effet trouvé dans une situation privilégiée pour constater à quel point la société est divisée à cet égard.

Compte tenu des résultats disponibles actuellement, des retombées positives du programme et de l’évolution des valeurs sociales, le Commissaire est d’avis qu’il est préférable de maintenir le programme de procréation assistée au Québec. Cependant, il partage la position selon laquelle ce programme n’a pas été implanté avec l’encadrement nécessaire, ni les données pouvant soutenir cette prise de décision. Le statu quo n’est pas acceptable. Pour maintenir ce programme, il faudra une volonté politique, du courage et des efforts concertés. Il faudra s’investir pour redresser les problèmes décelés par le Commissaire, recadrer les finalités et les critères d’accès au programme et se donner les moyens d’évaluer l’atteinte de ses objectifs, comme il est spécifié dans les recommandations qui suivent. Enfin, le Commissaire est d’avis que ce programme devra être réévalué, à la suite de la mise en œuvre des mesures recommandées pour en assurer la viabilité et l’acceptabilité sociale.

Les recommandations

Les recommandations du Commissaire à la santé et au bien-être visent à répondre à des questions de viabilité, d’acceptabilité et de qualité du programme. Elles sont divisées en cinq blocs qui visent les objectifs suivants :
– Assurer la viabilité et l’acceptabilité du programme en bonifiant son cadre de référence, en améliorant la planification des services et en contrôlant mieux les coûts;
– Doter le programme d’une capacité d’évaluation, de réflexion et d’action au moyen d’outils de gouvernance du programme et de suivi des activités cliniques et de recherche;
– Améliorer la qualité des soins et services, notamment en ce qui a trait à l’information fournie au public et aux professionnels, à la continuité des soins et à la collaboration entre les lignes de services;
– Répondre aux enjeux psychosociaux soulevés à l’égard des dérives rapportées, en privilégiant le bien-être des enfants nés de la procréation assistée;- Délibérer sur les enjeux éthiques propres au domaine et se donner les moyens d’engager une réflexion collective sur les choix de société.

Le Commissaire estime que la mise en œuvre des 5 premières recommandations est incontournable à court terme si l’intention est de maintenir le programme de procréation assistée au Québec. En effet, elles constituent des éléments essentiels d’un cadre de référence du programme et permettraient d’exercer une vigie à l’égard de l’évolution des pratiques et des enjeux que celles-ci posent.

1. Établir des limites d’accès au programme et prioriser le recours aux techniques les moins invasives;
2. Favoriser un accès plus équitable en région;
3. Mieux contrôler les coûts du programme;
4. Évaluer les effets de la procréation assistée sur la santé des femmes et des enfants;
5. Consolider la gouvernance du programme;
6. Favoriser la pertinence et l’intégrité de la recherche en procréation assistée;
7. Améliorer l’organisation et la continuité des services;
8. Mieux accompagner les patients dans leur prise de décision;
9. Organiser l’évaluation psychosociale des parents d’intention;
10. Limiter le « magasinage » de services;
11. Reconnaître la légitimité de la quête des origines par le remboursement équitable des gamètes;
12. Mettre le sort des embryons surnuméraires et la gestation pour autrui à l’ordre du jour.

Le Ministre de la Santé, Dr Gaétan Barrette
À travers ses dires, et même à travers ses non-dits, je sens que M. Barrette est déçu du rapport du Commissaire. Je demeure sous l’impression qu’il souhaitait que M. Salois lui indique d’abolir le programme de procréation assistée et ainsi pouvoir s’appuyer sur le rapport pour agir. Dans le point de presse qu’il a fait suite à la sortie du rapport, il semble mal à l’aise, il répète sans cesse qu’il y a une réflexion à faire et que la décision n’est pas prise entre le maintien avec balises ou l’abolition.
Les commentaires sur la procréation assistée
À lire : http://emotionsinvitro.com/?p=351

 

 

 

Marine

Marine

1 Comment

  1. 13/06/2014 at 15:24 — Reply

    Salut!
    J’avoue que je suis d’accord avec tout ce que tu dis, sauf un point. (Et là encore, je te lance pas de roche, je veux juste remettre en perspective). J’ai 25 ans, mon mari en a 46. Il a subit une vasectomie en 2002 parce que sa première femme était tombée enceinte d’un 2e enfant, que lui ne désirait pas, qu’elle le savait et qu’elle lui avait dit qu’elle prenait toujours la pilule. Il s’est fait “piégé” parce qu’il existe encore des femmes qui pensent qu’un bébé va sauver leur couple. Il est allé à l’extrême en se faisant faire une vasectomie, cherchant à tout prix à ne plus jamais reproduire ce scénario. Comment aurait-il pu savoir que son mariage exploserait quelques mois plus tard? Qu’il rencontrerait une autre femme 8 ans plus tard, et que le désir d’enfant renaîtrait chez lui?

    Qu’il paie le renversement de vasectomie de sa poche, tu sais quoi, je serais d’accord. Mais que JE paie mes FIV parce que mon mari – pour des raisons qui lui appartiennent – a subi une vasectomie quelque part dans sa vie, je suis pas d’accord. Je sais bien que notre couple est “inhabituel”, que ce ne sont pas tous les couples à différence d’âge qui désirent des enfants, vrai. Mais notre infertilité est toute aussi “valable” qu’une autre (Oui il s’agit d’infertilité masculine liée à une anomalie du sperme, mais je suis aussi OPK, donc c’est un peu des deux côtés).

    Notre prochaine option, c’est la FIV avec prélèvement de sperme directement dans le testicule. Des hommes n’ayant pas subi de vasectomie doivent aussi passer par là… Je comprends la base du principe de “TU as choisi une vasectomie, ASSUME”, mais ce n’est pas aussi simple. Les choses changent, la vie nous amène ailleurs… Je ne veux pas partir de débat, je voulais juste partager, étant donné que ton article m’a interpelée.

    Donc voilà,
    Solly

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