Loi 20Témoignages

Mot de l’ex-présidente de l’Association des couples infertiles du Québec

Virginie Balizet Kieffer était présidente de l’Association des couples infertiles du Québec lors du dépôt du projet de loi 20 en novembre 2014. Elle a défendu les couples infertiles dans les médias, auprès du gouvernement et lors de la Commission parlementaire du printemps 2015. Elle a quitté son poste de présidente à la fin de son mandat en juin 2015 et c’est Celine Braun qui la remplace maintenant. Virginie demeure une membre active et en règle de l’Association des couples infertiles du Québec. Virginie nous a fait parvenir la lettre qu’elle a envoyée au Ministre Barrette. Nous la partageons avec vous et nous vous invitons à vous en inspirer afin de vous aussi faire parvenir votre témoignage au Ministre de la Santé au ministre@msss.gouv.qc.ca

 

Monsieur Barrette,

Nous nous sommes rencontrés à quelques reprises puisque je suis l’ancienne présidente de l’Association des couples infertiles du Québec. Je vous ai rencontré en rencontre privée le 16 février 2015, en commission parlementaire le 17 mars 2015 et lors de votre conférence sur la loi 10 dans votre comté le 17 avril 2015.

Lors de ces rencontres bien évidement je vous parlais au nom des couples infertiles afin de faire valoir les bienfaits du programme de couverture publique de procréation assistée. Malheureusement, c’est avec une profonde tristesse que j’ai perdu cette bataille face à votre projet de loi 20 qui est devenu une loi, le 10 novembre dernier. Aujourd’hui je vous parle en mon nom personnel ou du moins au nom de mon couple.

Je suis infertile donc mon couple est infertile. Nous sommes en couple depuis nos 17 ans, ce qui fait aujourd’hui que nous avons passé autant de temps seul qu’en couple car nous avons tous les deux, 34 ans. Le diagnostic d’infertilité nous l’avons reçu en 2009, après 3 ans d’essai naturel. Un nom est enfin mis sur ce que tout le monde pensait être dans ma tête (« t’y penses trop », « t’es trop stressée, arrête d’y penser »…) mais non, l’endométriose est entrée dans notre vie et son diagnostic tardif a malheureusement ravagé mon corps. Je vous passerais le résumé de tous les traitements par lesquels je suis passée mais je peux vous dire que j’ai subi 2 laparoscopies afin de réduire mes souffrances liées à un propagation de kystes d’endométriose sur les ovaires, mais aussi de lésions sur les trompes, ce qui m’a valu l’ablation des 2 trompes mais aussi de lésions sur l’abdomen et le colon.

Ce qui est horrible dans cette maladie c’est que nous ne pouvons même pas faire de prévention car nous ne savons pas ce qui peut là causer. Je peux pourtant vous assurer que je suis une personne saine dans un corps sain donc vivre avec l’infertilité médicale fait partie d’un lourd processus de deuil qui m’a valu une dépression mais aussi la quasi séparation de mon couple car je n’arrivais pas à accepter cette infertilité.

La médecine a pourtant réussi à faire un miracle car en 2012 je suis tombée enceinte de ma fille, Clara qui est à l’aube de ces 3 ans. Aujourd’hui je dois faire le deuil d’un deuxième enfant non par choix, ni en raison d’échecs de protocole de FIV mais parce que vous avez décidé que les couples infertiles doivent s’estimer heureux si nous avons eu un enfant.

Croyez-nous, nous sommes les plus heureux et les plus reconnaissants envers la médecine et le gouvernement québécois qui à l’époque avait choisir de croire en ce programme. Cependant, par votre loi 20 vous me rendez responsable de ma condition médicale, vous me jugez en voulant un autre enfant et en décidant pour moi que le gouvernement n’a pas à payer pour les traitements qui vont m’aider et cela me brise le cœur.

La PMA oui équivaut à des millions de dollars, c’est un investissement, mais la PMA équivaut aussi à des milliers de naissances. Mon couple est issue de l’immigration, nous sommes depuis un an citoyen canadien, nous avons chacun un emploi qui nous fait dépasser les 120 000$ annuel de revenus familiaux et là aussi vous avez décidé que mon couple n’était pas éligible aux crédits d’impôt parce que j’ai un enfant!

Ouf ça fait vraiment beaucoup pour quelqu’un qui se sentait déjà mal de vivre avec cette infertilité. Je viens par chance de faire une FIV naturelle et au moment de vous écrire ces lignes je suis dans l’attente de ma prise de sang qui aura lieu le 27 novembre. Ce petit embryon est celui de l’espoir mais aussi du désespoir, celui qui me permettra d’atteindre mon idéal familial ou celui qui m’obligera à faire le deuil de ce même idéal… C’est assez stressant pour un parcours où le stress a des effets néfastes sur l’implantation d’un embryon! Dans l’ancien programme, il me serait resté une FIV naturelle afin de fermer la boucle de tout ce parcours du combattant, mais par la loi 20 mettez fin à mon parcours, je ne peux donc pas vous dire merci.

Mon cas n’est pas unique et mon objectif est de vous apporter une meilleure sensibilisation sur le parcours que nous traversons. Ma crainte aujourd’hui est de me dire que par ma condition médicale, ma fille sera peut-être un jour infertile et si tel est le cas, je ne peux donc qu’espérer que le gouvernement aura changé de parti ou bien d’idée sur le sujet afin de valoriser davantage un programme entourant les bienfaits de la procréation assistée.

Merci de votre attention.

Virginie Balizet Kieffer

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