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Le trou dans mon ventre

Le trou dans mon ventre

Le trou a commencé à se creuser il y a 5 ans…

Pourquoi ça ne fonctionne pas? Pourquoi je ne tombe pas enceinte?

Pendant plus de 5 ans, à chaque mois, on prend des hormones qui nous fuck le système : mal de cœur, sautes d’humeur, bouffées de chaleurs! Pendant 5 ans, à chaque matin, la première chose qu’on fait, c’est prendre notre température pour pouvoir tracer la courbe…La foutue courbe qui ne sert finalement à rien à part nous écœurer! Puisque rien ne se passe, on est finalement référés plus haut. Les tests, les spécialistes, la liste d’attente. Nous ne pensions pas que ce serait aussi lourd, que notre vie en serait autant affectée.

D’autres tests, d’autres spécialistes, encore de l’attente….3 ans passent…puis vient enfin l’appel. La liste ; c’est à notre tour!!!

Batterie de tests, rendez-vous, spécialistes, encore des tests. Attente, désir, espoir. Puis vient le concret : les inséminations. Les traitements de fertilité, ça a souvent l’air banal face aux gens pour qui, avoir un enfant ça a été si simple! Mais c’est tout sauf banal : Échographie de base, prises de sang, doses d’hormones, injections, échographie folliculaire, spermogramme, rendez-vous avec le médecin,… Chaque mois, c’est à recommencer! Attente, désir, espoir. Quand finalement, dans le mois, vient le temps de l’insémination, on se gorge d’espoir, on visualise, on prie très fort pour que ce soit LA bonne fois, mais on est aussi inquiet que ça ne fonctionne pas. Même si on ne veut pas trop y penser, on garde quand même en tête que peut-être, on aura à faire, encore une fois, un deuil. Parce que oui, chaque mois, lorsque le test n’affiche pas de petit +, c’est un deuil qu’on a à vivre…

Être démoli, avoir le cœur en miettes, avoir envie de tout laisser tomber alors que c’est ce qu’on veut le plus. Manquer de confiance, de courage. Vouloir rester fort, baisser les bras. Pleurer, tellement pleurer! Avoir envie de crier de douleur, en sachant que ça ne changera rien. Vouloir fermer les yeux afin de tout oublier, mais se réveiller et réaliser que rien n’a changé… Visualiser, lâcher prise, tout essayer. Avoir tellement envie d’y croire! Douter, espérer, avoir l’impression que notre vie est sur pause. Ne plus vouloir avancer, se sentir seule…

Tenter de se reconstruire un sourire, de dissiper la brume dans nos yeux et de recoller les morceaux éclatés de notre cœur. Se tenir la main, s’accrocher, se relever, et tout recommencer, avec autant d’espoir.

Ça prend toute la place dans notre tête, dans notre vie, mais on hésite à en parler pour ne pas avoir à dire chaque fois : ça n’a pas fonctionné…

À cause de tout ça, on se referme, on se questionne, on trébuche, et on se relève, difficilement, en croisant les doigts pour que le prochain mois, le petit + apparaisse et que nous ayons la chance de dire finalement : ‘’Enfin, on y est arrivé…!’’

Vie sur pause : plus d’alcool, de folies, de sport extrême, pour mettre toutes les chances de notre bord, au cas ou….

5 fois…

Puis on est transféré en spécialité chez Procréa. Tests, spécialistes, prises de sang, écho, piqûre, temps, argent.

Ce qui n’est pas mentionné, c’est que oui le gouvernement paie présentement les frais de procréation assistée, mais la tonne de médicaments à prendre et à s’injecter coûte 2 000$ par mois. Nous devons passer plusieurs tests, échographies et rendez-vous médical au courant du mois, minimum 10, qui doivent être fait entre 8h et 16h, donc qui exigent des congés du travail…encore des coûts. Sans compter l’angoisse, l’attente, et les questionnements de l’entourage.

Lors de la fécondation in vitro, on nous dit que ça va marcher, c’est presque certain! Beaucoup plus d’ovules que la moyenne, spermogramme qui bat des record; on est confiant! L’opération se passe bien : attente, désir, espoir. Congé de travail de 3 semaines prescrit par le médecin, pour mettre toutes les chances de notre bord.

Lorsque l’embryologiste téléphone, 3 jours plus tard, notre monde s’écroule….Ça n’a pas marché….il n’y a pas d’embryon à transplanter…..on ne sait pas pourquoi…il y en avait pourtant une grande quantité….

Nous avons vécu cette expérience dans le silence, à deux (à 25 si on compte le personnel médical!). Nous avons choisi de ne pas parler de notre démarche, car je ne voulais pas me faire demander à chaque mois : ‘’Puis, es-tu enceinte’’? ‘’Ça n’a pas marché?’’ ‘’As-tu essayé de te mettre les pattes en l’air?’’ ‘’ Avez-vous pensé adopter?’’. Oui, je les ai toutes entendues avant….et plus!

J’ai vécu la déception et le désespoir en silence, dans les bras de mon mari, en cachette de notre fille. Parce que oui, nous avons une fille de 8 ans. Les médecins ont eu du mal à me croire lorsque je leur ai fait par de sa naissance….ça tiens du miracle paraît-il!

Après 5 ans, les réponses tant attendues sont survenues…nos corps, nos cellules, nos chromosomes, ne sont pas compatibles. Il n’est pas impossible qu’avec des conjoints différents, notre fertilité ne serait pas la même.

Tranquillement on fait notre deuil. On gagne des batailles, chaque jour. Celle de voir une maman embrasser un nouveau-né, celle de regarder un homme flatter la bedaine de sa femme, celle d’avoir à dire : ‘’ Oui, on a JUSTE un enfant’’.

Malgré tout ça, soyons fiers! Soyons fiers de s’aimer aussi fort, malgré la réticence de notre génétique. Soyons fiers d’avoir réussis à braver la science et d’avoir créé une petite humaine authentique. Soyons fiers d’avoir été jusqu’au bout, d’avoir tout essayé. Soyons fiers d’avoir choisi de vivre au présent, de s’être choisi, et d’avoir décidé de recommencer à vivre.

Soyons fiers de notre histoire, car nous ne sommes pas défini par ce qui nous est arrivé, mais par les personnes que nous décidons d’être.

Josée-Ann Anctil

 

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