Lundi matin le 3 mars 2014. Je regarde mon fil d’actualités Facebook, puis sur Twitter. Je constate que j’ai manqué quelque chose la veille. En fait, je n’écoute jamais Tout le monde en parle en direct, je l’enregistre ou je l’écoute sur tou.tv. Ce matin, je lis beaucoup de commentaires sur le passage de l’animatrice Marie-Soleil Michon. Je prends mon déca (je ne bois plus de café) et je m’installe pour la regarder sur tou.tv.

Premièrement, Marie-Soleil, tu es magnifique. Je ne te connais pas beaucoup, je n’ai pas beaucoup regardé tes émissions ( je suis honnête). Je ne te dirai pas « Je t’aime beaucoup comme animatrice » et tout le tralala. Malheureusement, c’est faux. J’aurais aimé te découvrir avant ça, je l’avoue. Pas à cause de ton passage à Tout le monde en parle. Bien. En fait, si. Mais pas parce que tu as parlé d’infertilité. J’écoute peu d’émissions avec des animateurs et du « blabla ». Question de goûts. Ce n’est pas pour rien que j’écoute en différé, j’avance les bouts qui m’intéresse moins.
Sauf que, j’ai été conquise par toi avant même que Guy te pose LA question qui lui a valu une réponse de 15 minutes (peut-être plus, ils coupent des bouts au montage…).

Enfin bref, ce matin, tu m’inspires. J’ai créé mon site web et mon blog parce que j’ai des choses à dire au sujet de l’infertilité. Parce que je veux que « tout le monde en parle ». Parce que je veux casser les foutus tabous. Parce qu’on en parle vraiment pas assez. Parce qu’on en parle tout croche.

Depuis quelques semaines, je trouve vraiment ça difficile de vivre avec l’infertilité. Tellement, que je commence à écrire un article, mais je n’arrive jamais à le finir. J’ai une tonne de brouillons qui dorment dans ma boîte d’articles. Pourtant, habituellement, quand je vis des grosses émotions, des émotions difficiles, j’écris… seigneur… j’écris… J’ai écrit aussi ! Mais je n’ai rien fini !
Et ce matin, à cause de tes mots, j’écris cet article d’une « traite ». Même mon clavier trouve que je tape trop vite. D’ailleurs, je m’excuse si j’ai laissé des fautes d’orthographes ou de frappes en chemin…

L’infertilité est un bien grand mot pour beaucoup de gens. Il fait peur ou il est mal interprété. Il fait peur aux couples qui essaient d’avoir un enfant et qui se demandent « et si ? ». Et il est mal interprété par les gens qui ne côtoient pas cette réalité.

Moi, j’ai toujours dit que tout vient par étapes dans le grand monde de l’infertilité. Lorsqu’on commence à essayer d’avoir un enfant, on ne se doute pas de comment ça va se passer. Heureusement, pour la grande majorité, le dénouement souhaité arrive rapidement. Pour d’autres, l’inquiétude grandit. Les mois passent, puis les années. Un moment donné, on décide de consulter. Pour voir. Mais veut-on vraiment savoir ? Ça fait peur. Que va-t-on apprendre ? Et si on nous disait que l’un de nous deux est carrément stérile ? Et puis, on se lance. On passe des tests. On nous dit les résultats, on nous propose des solutions. L’étape est passée et on se dit que ce n’était pas si pire. Non. Parce que c’était ce qu’il fallait faire. On le savait bien.

Dépendamment des résultats des tests, les prochaines étapes ne sont pas les mêmes pour tous alors je vais continuer mon texte dans ce que je connais : ma propre histoire.
Lorsque nous avons appris que les résultats des spermogrammes étaient mauvais, nous étions dévastés. On partait d’un projet commun qui était plaisant à quelque chose qui devenait un peu plus compliqué. Ça fait peur. Qu’est-ce qui va se passer ? Est-ce que ça va fonctionner ?

Honnêtement, nous n’étions pas chaud à l’idée d’aller en clinique de fertilité. Aujourd’hui, je dirais que nous n’étions tout simplement pas prêts. C’était une grosse étape à franchir. Nous avons laissé passer du temps. Le couple a failli se briser. Puis, un jour, nous étions prêts. Nous avons tenté les inséminations artificielles. Rien. Prochaine étape ? Fécondation invitro. Oh la… j’ai tellement pesé sur le « break»… Ça fait peur. On nous explique comment se passe une FIV et ouf, non non… je ne veux pas faire ça… me faire moi-même des injections dans le ventre… la ponction ovarienne…
Encore une fois, on a pris le temps. Le temps de se faire à l’idée. De toute façon, il y avait une file d’attente, notre tour n’était pas tout de suite. Et vu les mauvaises spermogrammes, on devait passer d’autres tests pour savoir si nous avions des problèmes génétiques car nous allions faire une FIV ICSI (par micro-injection). Cette attente des résultats pré-FIV ne nous a pas du tout ennuyés. Nous ne sommes pas ce couple qui « veut-commencer-tout-suite-ça-presse-on-a-assez-attendu ». Et pourtant, nous, on essaie d’avoir un premier enfant depuis 2006…

Première FIV ICSI. Première injection de stimulation ovarienne. « Y’a rien là » finalement. Même pendant 10 jours, ça été « Y’a rien là ».
Ponction ovarienne. Là j’avoue, je suis vraiment chanceuse. Les médicaments font vraiment effets. Je ne sens absolument rien. Euh, pas vrai. À part les piqûres pour geler le vagin au tout début. Mais après ça va. Je sens qu’ils font quelque chose et je vois les instruments, mais je n’ai pas mal. Je regarde le petit écran et j’écoute l’embryologiste faire le décompte des ovules récoltés.
Je n’irais pas jusqu’à dire encore « Y’a rien là ». Je ne recommencerais pas ça à tous les jours, mais disons que ça été moins pire que ce que j’appréhendais.
Étape par étape. Quand on regarde le mont Everest du plus bas, on se dit qu’il va être « vraiment quelque chose à monter ».
Mais parfois, on chute. On redescend le mont. Un peu.
L’appel de l’embryologiste au jour 3 qui annonce qu’aucun ovule n’a fécondé. Aucun embryon.

Attends un peu. On doit recommencer tout ça ? Ah non… non non… je ne veux pas… Ça fait peur. Parce que là, non seulement on doit tout refaire, mais on va maintenant avoir peur du fameux « jour 3 ». Parce que si on nous annonce encore aucun embryon, il va peut-être falloir songer à un donneur de sperme. Outch, je vous jure, ça ne fait pas du bien à entendre, même si le médecin tente de se faire rassurant en nous disant qu’avec le nouveau protocole, il y a de bonnes chances que l’on obtienne des embryons.
Cette fois, l’étape a quand même été rapidement gravie. On a pas pesé sur les breaks, on a pesé sur l’accélérateur. Il fallait recommencer au plus sacrant. Malgré les immenses craintes.
Les injections et la ponction ovarienne ? Même pas peur ! Allez-y, faites ce que vous avez à faire. Pendant la ponction, le Docteur me trouvait quasiment trop zen. Et lui, il faisait des blagues Docteur Clown. Rire dans un bloc opératoire, le soluté dans le bras, les jambes dans les airs, des instruments dans le vagin… c’est spécial. Mais au moins, ça laisse un bon souvenir de quelque chose de « pas de le fun ».
La ponction c’est le jour 1. Alors le jour 3 arrive quand même vite. Ah, pas tant ! Si la ponction se passe bien, l’après ponction est plutôt inconfortable. Douleurs au ventre et difficultés à aller aux toilettes.
Et l’angoisse. L’angoisse de l’appel de l’embryologiste. J’ai stressé toute la nuit. Je n’ai pas dormi. Finalement, ça sonne. Il y a eu fécondation. Une première victoire ! 6 embryons. Maintenant, on essaie de les rendre au jour 5 pour un transfert.
Nous avons bien eu un transfert d’embryon au jour 5. Négatif.
Quelques mois plus tard, on a tenté un transfert d’embryons congelés. Malheureusement, ils n’ont pas survécu à la décongélation.

Bon sang. Le sommet du mont est encore bien loin…
En ce moment, on est en processus de changement de clinique. On se dit qu’on a pas envie de refaire une FIV en ce moment. Je m’imagine entrain de faire encore une ponction et je ferme les yeux « non maman, c’est un cauchemar » (et pourtant, elles se sont bien passées mes ponctions, alors imaginez celles pour qui c’est l’enfer). Je nous imagine encore au fameux jour 3 à attendre l’appel, encore une fois stressés, non, angoissés. Et avec la dernière expérience s’ajoute la crainte de se rendre à un transfert d’embryon congelé et, qu’encore, celui-ci soit annulé.
La nouvelle clinique me propose de faire une hystéroscopie parce que je me suis fait insistante sur les spottings de sang que j’ai en permanence 1 semaine avant mes règles. (Désolée des détails…) Ma nouvelle gynécologue va aller voir s’il y a un problème là. Eh oui, encore des instruments dans la vagin avec les jambes dans les airs.
On booste mon chum aux vitamines Fertil-Pro. Après, on va tenter quelques cycles d’inséminations artificielles, question de ne pas se faire peur tout de suite avec la FIV, et se sentir prêts. (En espérant fort ne pas avoir à se rendre jusque là…)

Passer 8 ans sans avoir le moindre test de grossesse positif. Aucun. Jamais. Même pas un faux positif. Il me semble que ce n’est pas rien. 8 ans dans une vie. (Parenthèse, mise-à-jour le 4 novembre 2014, je suis tombée enceinte lors de ma 3e FIV ICSI du seul embryon survivant au stade blasto. Malheureusement, son petit coeur s’est arrêté aux alentours de 7 semaines d’aménorrhée, il y a quelques semaines.)

Je ne comprends pas comment je peux encore avoir du mal à faire comprendre nos émotions dans notre entourage. On chuchote dans mon dos que ça m’atteint trop. On a pris la décision de ne plus en parler. On a voulu être ouvert vu qu’ils nous disaient qu’ils oubliaient ce que l’on vit. On avait décidé de tout raconter. C’est fini. Je n’ai plus envie de leur en parler. C’est plate hein.

« Mais si c’est si difficile, pourquoi faire tout ça ? ».
Quoi ? Ça vous dérange que l’on vous dise que c’est difficile de faire des traitements de fertilité ? Bah oui, c’est difficile. Physiquement et psychologiquement. Ce n’est pas magique. On ne va pas là-bas pis c’est réglé.
Comme Marie-Soleil a dit « C’est dur les traitements de fertilité et peu de gens le disent. C’est un peu normal parce que c’est tellement un grand rêve d’avoir des enfants qu’on passe par-dessus ça. Je pense que quand ça fonctionne spécialement, on oublie un peu. On est tellement heureux du dénouement qu’on oublie la souffrance qui est derrière. »

Là où je veux en venir avec mon article qui part du témoignage de Marie-Soleil Michon, c’est que la décision d’arrêter tout processus pour avoir un enfant, elle ne se prend pas du jour au lendemain. Ce n’est pas non plus au début du processus que l’on se dit « ah bin tiens, on en aura pas d’enfant, c’est tout ! ». On passe par tout ça une étape à la fois. Pour certains, c’est parce qu’ils sont arrivés au bout des essais et qu’il n’y a plus rien à faire. Pour d’autres, c’est un choix qu’ils ont décidé de faire pour différentes raisons.

Nous, on se disait qu’on ne voulait pas adopter. L’idée a germé. Si ça ne fonctionne pas au naturel, peut-être que oui. Sauf que c’est TELLEMENT compliqué et ça semble décourageant… Avis à ceux qui trouve la solution « Adopte » facile, non non, ça ne l’est pas du tout.
Et quand je vois Marie-Soleil parler de la décision de son couple de vivre sans enfant, j’admets avoir un recul « ah non ! non… ça ce n’est pas pour nous ». Bin non, c’est normal. Nous n’en sommes absolument pas rendus là. Étape par étape.

Je ne connais pas cette prise de décision et ce qui l’entoure. Je ne peux que m’imaginer à quel point ça a pu être difficile émotionnellement. C’est un cheminement. Un long cheminement…
Je ne peux qu’avoir de la compassion pour Marie-Soleil et d’autres couples qui ont eu à faire face à cet ultime étape.
Ils ont franchi le mont Everest. Pas de la façon souhaitée au départ. Ils y ont mis leur drapeau.
Et maintenant, ils arrivent à voir le paysage de l’autre côté de la montagne…

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Mardi 4 mars 2014. Hier matin, j’ai écrit le texte ci-haut. Ce matin, j’ai des choses à ajouter. Parce que mes pensées se sont envolées un peu plus loin. Parce que j’ai lu des propos qui m’ont donnés des frissons dans le dos. J’ai lu beaucoup de support, beaucoup d’empathie, beaucoup de « je vis la même situation que toi et je te remercie d’en parler » au sujet de l’entrevue que Marie-Soleil Michon a donné à Tout le monde en parle.
Il y a toujours un autre côté de la médaille. Toujours quelques personnes qui disent des conneries. Comme tous les couples infertiles, Marie-Soleil en a eu son lot de réflexions et commentaires blessants et parfois même insultants.

Donc.
J’ai lu des femmes qui ne veulent pas d’enfant remercier Marie-Soleil de dire que ce n’est pas une obligation d’en avoir.
J’ai lu que son entrevue a dû aider plusieurs femmes à ne pas céder à la pression sociale d’avoir des enfants à tout prix.
J’ai lu que Marie-Soleil encourage les femmes à ne pas avoir d’enfant et qu’il ne faut pas s’étonner de la décroissance démographique au Québec.

Minute. Il me semble que ce n’était pas vraiment ça le but de ses propos.
J’ai vu une Marie-Soleil sereine avec la décision de son couple de ne pas poursuivre les démarches pour avoir un enfant. Ils sont allés en infertilité, ils ont tenté (de ce que j’ai compris) de faire des démarches pour adopter.
Elle a vécu certains traitements de fertilité. Puis, ils ont décidé d’arrêter. Pour sa santé physique et émotionnel. Elle a vaguement effleuré le sujet comme quoi c’est très difficile les traitements de fertilité. Elle a vécu tout ça. Elle a vécu l’espoir que ça pourrait fonctionner. Elle souhaitait avoir un enfant. Cette magnifique femme a dû faire une croix sur le désir de son couple de fonder une famille.

C’est totalement différent d’une femme qui décide volontairement de ne pas avoir d’enfant. Voyez-vous la nuance ?
Oui, elle dit que c’est possible d’être sereins dans le choix de ne pas avoir d’enfant. Mais il y a tout un cheminement derrière ce choix qui s’est quand même un peu imposé à elle…

Oui, il y a des femmes et des hommes qui font le choix qu’ils n’auront pas d’enfant alors qu’ils pourraient en avoir. Ils en ont bien le droit.
Ça ne date pas d’hier non plus. Ce n’est pas la même chose que de vouloir des enfants, que d’être infertile et au bout du compte, décider de faire le douloureux deuil que ça n’arrivera jamais.

Marine

Marine

2 Comments

  1. Catherine
    29/04/2014 at 01:31 — Reply

    Bravo. Ton texte résume mon parcours et exprime bien ce que l’on peut vivre.

  2. 16/05/2014 at 11:33 — Reply

    Naviger vers site

    Bravo pour ton travail, article pertinant

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