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Mettre ses lunettes roses

Le temps des fêtes 2015 a été, pour moi, riche en réflexions diverses. N’ayant pas une famille nombreuse d’un côté comme de l’autre, moi et mon conjoint avons eu beaucoup de temps libre durant ce congé bienvenu. J’ai aussi passé plus de temps avec ma fille qu’à l’habitude, et ça m’a fait un bien fou.

Ma belle-soeur attend un bébé. La femme de mon seul frère. La nouvelle m’est arrivée comme un coup de point au visage au moment où j’étais sur le point de commencer ma stimulation #1. Elle était enceinte, et pas qu’un peu! 3 mois tappants. Bref, il fallait que je m’y fasse, et vite. À ce stade il n’y a plus de SI, elle aura un bébé.

Ça m’a fait mal… très mal! Parce que le stock de bébé qui dormait dans mon sous-sol leur était destiné. Et c’était comme un symbole… vider mon sous-sol c’était me vider d’espoir…

Je ferai bientôt un article sur le couple durant les traitements de fertilité. Toutefois pour que vous compreniez la suite, vous devez savoir que mon conjoint et moi sommes à l’opposé sur l’échelle des émotions. À côté de moi, il est plus froid, un bloc de glace. À côté de lui, j’ai l’air d’une hystérique. Pour vous faire une image, si on écoute ensemble un film sur les dernières heures d’un homme avant l’apocalypse, moi je pleure en me demandant ce que je ferais à sa place… si je tuerais mes enfants pour leur éviter une mort douloureuse, et autres belles questions émotivo-existentielles, pendant que lui rit parce que le gars a des rond de sueur en dessous des bras…. voilà!

Toujours est-il que ce soir-là mon chum a décidé qu’il n’en pouvait plus de me voir pleurer… à quoi ça servait là que je pleure? Elle allait avoir un bébé… ok, pas moi, ok, mais on y pouvait rien… on faisait déjà tout ce qu’on pouvait pour en avoir un 2e, et eux, eh bien ils le font pas exprès, c’est toujours ben pas de leur faute s’ils sont fertiles tsé!

C’en était trop. Devant sa froideur raisonnable, j’ai gelé d’un coup sec. Qui avait raison? Était-je trop sensible ou était-il trop stoïque? Était-je vraiment folle? Trop intense? Bref. J’ai consulté.

Et ça m’a fait un bien fou!

Parce que non, je n’étais pas folle et que oui, j’avais le droit d’avoir de la peine. Mais non, mon chum n’est pas fou non plus, et son manque de réaction ne révèle pas qu’il s’en fout… (moi j’étais certaine que ne pas réagir à un évènement = s’en foutre). Non, mais on ne réagit pas pareil, c’est tout!

Et j’ai trouvé que sa façon de voir les choses, plus positive que la mienne, ferait plus de sens rendu là où on est dans notre parcours… Il perdait moins son temps que moi à broyer du noir. Son état général mieux que le mien. Il était heureux plus souvent que moi… bref, je l’enviais un peu!

Parce que je crois qu’un jour il faut accepter… et avancer dans le deuil. Durant le temps des fêtes, j’ai atteint le seuil de l’acceptation.

Je suis infertile (bon vous comprenez…) Chaque grossesse est un jeu de roulette… avec les statistiques pas de mon côté. Oui, c’est épuisant, oui, j’ai de la peine. Oui c’est injuste. Oui ça fait chier.

Mais non…. Non ce n’est pas de ma faute. Je n’ai rien fait pour mériter ça. Je ne peux rien changer à mes habitudes de vie pour améliorer ça. Oui je fais ce qu’il faut au meilleur de mes connaissances pour que la prochaine grossesse soit la bonne. Non je n’ai pas le contrôle sur mon système reproducteur. Non en vouloir aux autres femmes enceinte ne m’aidera pas à avoir un bébé. Non passer mon temps à maudire les cliniques, les délais, les traitements, ne me fait pas du bien.

Je veux sortir de ce cercle vicieux de négativisme. Je veux profiter de ma vie aujourd’hui parce que, l’infertilité mise de côté, la vie est belle. Et là elle me passe sous le nez dans l’attente de quelque chose qui ne viendra peut-être pas même si j’y mets tous les efforts du monde. Je veux arrêter de me plaindre… de tout! Je subis ces traitements que J’AI CHOISI, alors cette fois pas de chignage, j’accueillerai chaque piqûre parce que j’ai le choix de me les donner ou non. J’accueillerai chaque effet secondaire, j’accueillerai chaque douleur. J’ai choisi de faire ce traitement et j’assumerai mon choix jusqu’au bout.

Vous savez ce qui pourrait arriver de pire? Ne pas avoir de deuxième enfant… Wow… Vu comme ça c’est loin d’être la fin du monde! Je n’en mourrai pas. La vie va continuer d’être belle. Des projets il y en a des millions qui attendent juste d’être réalisés. Des projets sur lesquels j’aurai enfin une emprise réelle sur l’issue!

Je suis tannée de m’apitoyer sur mon sort. Mon “fardeau” n’est pas pire que celui de la maman d’un enfant malade, ou que celui du cancéreux en phase terminale. Mon fardeau n’est pas pire que celui de personne. Il faut arrêter de vouloir faire pitié. Il faut vivre. Je veux pouvoir profiter des bébés des autres sans avoir envie de me cacher. C’est peut-être le plus proche que je serai d’un bébé pour le reste de mes jours, aussi bien enregistrer les sons, les odeurs et les sourires de ce petit bout de vie!

Durant le temps des fêtes, j’ai décidé de faire face à ce défi que la vie m’envoie. J’aurai sûrement des rechutes dans les moments clés, mais pleurer en disant “pourquoi moi” “c’est injuste” et cie… rager contre ma RSG qui me dit que tout arrivera quand ce sera le bon moment cosmique, c’est de l’énergie perdue dans le vide. Je ne veux plus faire pitié, je veux que les gens comprennent ma réalité sans plus. Je vais suivre mes traitements, les voir de façon positive, parce que sans eux je n’aurais plus de solution, arrêter de chialer contre la médication les hormones ou les injections… c’est tout de même moi qui me les fait, je l’ai décidé, alors j’assume.

Et je vais espérer de tout mon coeur une issue positive. Mais si jamais ce n’est pas le cas, la vie va continuer, et je serai heureuse.

Durant le temps des fêtes, j’ai mis mes lunettes roses. Les grises, je les ai portées trop longtemps!

 

LaFausseCoucheuse

LaFausseCoucheuse

Bébé 1 est arrivé sans problèmes. Pour bébé 2 ça c'est compliqué... pas mal compliqué. 4 fausses couches plus tard, je suis en plein processus de FIV avec DPI.
(MAJ oct2014)

3 Comments

  1. Jany
    13/01/2015 at 10:24 — Reply

    Je suis contente de ne pas être la seule capable de porter ces lunettes roses! C’est un cheminement à accomplir afin d’y arriver mais j’ose croire que c’est ce qu’il y a de mieux. Des embûches, on en vit tous. Mais la vie ne s’arrête pas là. Rien ne nous empêche de les vivre et de les pleurer quand il le faut, bien au contraire. Mais effectivement, la vie est belle malgré tout! 😉
    Bonne continuation et je te souhaite tout le bonne chance du monde pour la suite…. quelle qu’elle soit! xx

  2. 13/01/2015 at 11:09 — Reply

    Je crois que j’ai égaré mes lunettes roses depuis longtemps, mais te lire me donne des pistes pour commencer à les chercher afin de les retrouver avant d’avoir laissé passer trop de belles choses dans ma vie sans les voir, ni en profiter…

  3. 20/01/2015 at 09:52 — Reply

    Effectivement c’est un long cheminement, et on est pas tous et toutes prêtes à se rendre à cette étape. Je vous en reparlerai après ou pendant mon traitement, si je peux garder cet état d’esprit à la suite d’un nouvel échec… je pense que tout sera à recommencer. Mais je pense que c’est le but à atteindre pour toutes, à la fin, pouvoir remettre ses lunettes roses et continuer son chemin. Parce que sinon la vie est longue et grise, et ça c’est encore plus triste que tout le reste!

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