Ha cette chanson! Ma mère l’a chantée, comme sa mère avant elle. Elle m’a toujours rendue émotive. Petite, je la chantais en berçant mes poupées. Comme dans les paroles, je m’imaginais déjà la chanter à ma fille, qui la chanterait un jour à la sienne. Des mots simples qui illustrent avec tendresse le cercle de la vie. Vous l’avez sans doute chantée aussi à vos enfants, et je souhaite qu’on continue à le faire, que vos enfants puissent le faire à leur tour. Sans bémol.

Si je vous parle de cette berceuse, c’est pour vous démontrer que dans la vie certaines choses  vont de soit. On est tous nés d’une mère et d’un père et on s’attend à devenir parent à notre tour, c’est ainsi que les choses se déroulent depuis le début des temps. On ne chante pas à nos filles: “Et tu la chanteras à ton tour… Sauf si tu es infertile.” C’est pourtant  ce qu’on aurait dû me chanter, pour me préparer à la réalité qui m’attendait.

C’est ce qu’on devrait chanter à 15% des enfants qui naissent. Ce pourcentage va probablement augmenter dans les années à venir. Surtout si les cas traités diminuent, si les recherches se font plus rares.. Avez-vous envie de bercer vos enfants avec des bémols? Moi pas. On grandit en croyant que certaines choses sont immuables, comme le cercle de la vie justement. On regarde derrière nous, une longue lignée de personnages qui ont tous laissés des traces dans notre ADN. On s’imagine une lignée devant soi, juste parce que c’est ainsi que devraient être les choses. Mais ce n’est pas toujours le cas.

Et personne n’y est préparé. Cela ne vous touche peut-être pas. 15% c’est peu et énorme à la fois. Mais ne vous mettez pas la tête dans le sable, cela va peut-être toucher vos enfants, vos petits enfants, votre sœur, votre frère, vos neveux et nièces… Et ne sous-estimez pas l’impact que cela pourrait avoir dans leurs vies, dans vos vies. Vous n’êtes pas à l’abri.

Le jour où on frappe le mur de l’infertilité, on se retrouve aussi seul devant un océan de croyances, jugements, d’incompréhension et d’indifférence.  Car voyez vous, avoir un enfant n’est pas un droit, c’est un privilège, selon plusieurs. Être infertile ce n’est pas une maladie selon d’autres, qu’est-ce alors? Une condition avec laquelle on se devrait de vivre? Une société qui abandonne à son sort un groupe d’individus ayant une certaine  condition médicale, fait preuve de discrimination et de bien peu d’humanisme. Au-delà de mon infertilité ce n’est pas la société dans laquelle j’ai envie d’investir, ce n’est pas celle dont je veux pour élever mon enfant.

Psychologiquement parlant, l’infertilité peut causer à elle seule de grands ravages chez un individu, voire deux.  À elle seule cette maladie peut, et va engendrer: Stress, anxiété, dépression, troubles de l’adaptation… Uniquement pour cela, l’infertilité se doit d’être reconnue comme une maladie et être traitée comme telle, par tous.

Dans notre malchance, nous on a eu de la chance: Celle du timing. Si on a payé nos premiers traitements de notre poche, on a pu bénéficier du programme Québécois de procréation assistée lorsqu’on a du admettre que les traitements hormonaux et les inséminations artificielles ne suffiraient pas. Heureusement, car comme en PMA rien n’est noir ou blanc et qu’on avance par essai-erreur, nous avons vite épuisé nos ressources.

Grâce à cette chance, je peux chanter “Ma mère chantait toujours” à ma fille de deux ans. Une enfant vive et allumée, née d’un programme d’avant-garde, qui a su sauver notre santé mentale et faire le bonheur de beaucoup de personnes autour de nous. Un programme qui nous a permis de réaliser un projet de vie et de se réaliser comme individus à part entière.

Et savez vous quoi? Je lui chante cette chanson à mon tour sans bémol. Parce que j’ai encore foi en cette société, qui je l’espère, fera en sorte que ma fille reçoive tout l’aide dont elle aura besoin, si un jour vit elle aussi des difficultés, quelles qu’elles soient.

kimd

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