Faire une fausse-couche. Faire une fausse-couche après plus de 8 ans d’essais, 5 inséminations et 3 FIV. C’est un brin différent, non ? Alors quand je dis que je viens de faire une fausse-couche, j’ajoute la deuxième phrase. Pas pour faire plusse pitié. Parce que je ne me sens pas comme si j’avais « juste » fait une fausse-couche. Parce que tout le monde me raconte l’histoire d’une telle qui a fait une fausse-couche. Mais elle est tout le temps retomber enceinte pas longtemps après. Pour moi, ce sont des années d’espoirs qui se sont anéanties. Je ne sais pas ce qui va arriver ensuite…
(Que quelqu’un vienne me dire que j’ai « juste » fait une fausse-couche voir !)

Je sais que je ne vais pas si bien que ça, même si je projette aux autres d’aller « plutôt bien ». Il y a un mal profond. C’est sûr que je le cache. Ce serait désagréable autant pour moi que pour les autres d’être bête et triste à longueur de journée. Donc, je me raccroche aux blagues des autres, à leurs anecdotes, et je lâche des blagues de temps en temps.
Hier, mon collègue de travail, de retour après son congé de paternité, ne m’a pas parlé de son quatrième nouveau bébé, il m’a demandé comment j’allais, mon moral et tout. [sacre surpris] C’est le seul qui agit ainsi avec moi. Pour les autres, c’est comme si c’était du passé.

Quand une situation nous préoccupe, peu importe quoi, on a la tête ailleurs. Ça arrive à tout le monde. Sauf à Jack Bauer (24 heures Chrono). Jack se fait torturer deux ans par les chinois et il est presque full fonctionnel pour se taper un 24 heures pendant lesquelles il apprend que son frère a tenté de le tuer plusieurs fois  en plus de travailler pour les terroristes, il apprend aussi que son père est impliqué. Son père tue son frère. Il apprend que sa copine est morte parce qu’elle a tenté de le retrouver en Chine. Puis, alors que la journée semble terminée, il reçoit un appel de sa copine, qui est en fait otage des chinois. Dans tout ça, et les années précédentes, il a eu à faire le deuil de sa femme, d’amis et vivre avec le fait que sa fille ne veut plus de contact avec lui. Ouff. Et il finit toujours par sauver Los Angeles quand même… et il ne meurt jamais.

C’est de la fiction, alors ça doit être normal que je n’arrive pas à être autant en contrôle que Jack. Je n’ai pas la survie de milliers de personnes entre mes mains non plus après tout (ça doit le motiver mettons !). Y’a pas une bombe nucléaire qui menace de sauter si je ne fais pas ce que j’ai à faire.

Moi, ça me demande un très énorme effort de me concentrer pendant une longue période. À la fin de la journée, je suis vidée, fatiguée. En plus, parfois, je dois me ressaisir, me calmer pour ne pas trop pleurer, sinon ça n’arrêtera pas. Ça aussi, ça fatigue.
Même écrire des textes pour ce site, je trouve ça difficile. J’ai plusieurs idées. J’écris un paragraphe de temps en temps. Je me corrige. J’ajoute des lignes, j’en enlève. Avant, je pouvais écrire un texte complet sans m’arrêter.

Ma psy m’a demandé comment est ma concentration au travail. J’avais remarqué qu’elle a pris une méchante débarque (ma concentration, pas la psy). Elle m’a dit que c’est normal. (Je sais pas pourquoi, elle me dit toujours que tout est normal, je devrais la croire). C’est normal que je me sente ainsi, beaucoup d’émotions diverses en up and down en quelques semaines, une chute brutale de mon taux d’hormones bhcg et les douleurs physiques, en plus. J’ai quand même hâte que le côté “fatigue” s’estompe un peu parce que ça ne m’aide pas vraiment à remonter la pente. Quand je suis fatiguée, les émotions montent trop facilement. C’est une boucle sans fin.

Jack aussi, il craque. Mais après, il est toujours prêt à passer à l’action.
Moi, j’ai besoin d’un tout petit peu plus de temps que lui…
Je ne suis pas Jack Bauer.

Marine

Marine

No Comment

Leave a reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Previous post

J'ai (encore) craqué...

Next post

Loi 20 sur la procréation assistée : Quoi faire ?